Siècle des Lumières interactif : le savoir à la vitesse de la lumière

Stéphane Faulkner and I co-wrote this in December 2012.

Quels ont été les modes de diffusion du savoir utilisés à grande échelle dans nos sociétés occidentales? En simplifiant quelque peu, pour la plupart d’entre nous, ce furent les universités à partir du 11ème siècle, les livres après Gutenberg, les salons parisiens au siècle des Lumières, le Web dès les années 90 et, depuis peu, les réseaux sociaux en tant que forums de discussions libérés de contraintes géographiques, sociales, culturelles, etc…

Cependant ces modes de diffusion apparaissent trop souvent comme inappropriés pour une société dont la capacité de concentration tend vers zéro et qui considère trop long tout texte de plus de 140 caractères. On peut ne pas apprécier cette tendance – de gustibus non est disputandum – néanmoins, nous y contribuons directement ou indirectement à travers le progrès scientifique et technologique.

Le Web comme les livres nous donnent des informations mais pas le savoir. Les technologies d’aujourd’hui nous permettent de poser – même par la voix – une question à la machine. Elle répondra (à quelques exceptions près) par des informations mais ne transmettra pas de savoir, c’est-à-dire ce qui nous permet notamment de décider comment agir. Elle décrira les symptômes du rhume mais ne permettra pas d’établir un diagnostic.

Pour qu’il y ait savoir, il faut certes qu’il y ait des informations mais il faut également posséder l’expertise pour traiter ces informations dans un contexte particulier. La machine d’aujourd’hui diffuse les informations. L’individu les transforme en savoir tenant compte de son niveau d’expertise.

A ce jour, la diffusion des informations peut être assurée à grandes vitesses, comme par exemple dans le secteur financier. Ainsi, l’information utilisée pour le courtage à haute fréquence entre les bourses de Chicago et de New York peut être transmise à concurrence de 9 millisecondes sur une distance approximative de 1.200 kilomètres. Il faudrait quelques 4 millisecondes aux photons pour parcourir la même distance.

Comment peut-on dès lors diffuser le savoir à des vitesses proches de la vitesse de la lumière? Il faudrait permettre à des machines de diffuser les conseils que pourraient ensuite délivrer des experts humains face à des problèmes concrets. Or, pour que de tels conseils soient délivrés par des machines en quelques millisecondes, ils devraient être numérisés. Nous disposons déjà des bases scientifiques pour ce faire, notamment dans les domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle.

Néanmoins, de nombreuses questions restent sans réponses. Comment parvenir rapidement à numériser le savoir à grande échelle? Quelles sont les implications légales permettant de se fier à des conseils virtuels ? Quel est l’impact sociétal et économique de l’automatisation accrue des activités réalisées par les individus aujourd’hui ?

Même si on peut penser que cette nouvelle tendance en science et en technologie soulève actuellement de nombreuses questions, les contributions potentielles sont également importantes : une distribution très rapide du savoir à l’échelle mondiale qui, si elle est accompagnée d’une législation et de modèles économiques appropriés, facilitera largement l’accès pour tous à différent types d’expertises et par conséquent à différentes formes de savoir. Peut-être sommes-nous au début d’un nouveau siècle des Lumières que l’on pourrait qualifier d’interactif ?

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Ivan Jureta

I hold the Senior Researcher (Chercheur qualifié) position with the Belgian national research fund (Fonds de la Recherche Scientifique – FNRS, Brussels) and am Associate Professor with the Department of Business Administration, University of Namur. My principal research interest is in method engineering and method automation, focusing on the elicitation, modeling and analysis of knowledge that human experts apply in problem solving and decision making, the engineering of ontologies and processes capturing that knowledge, and the automation of the said processes. This interest falls within the various research fields concerned with the transfer, preservation and automation of knowledge. I am the author of “Analysis and Design of Advice” (Springer, 2011) and have published over 50 research papers on these topics within the fields of requirements engineering, business analysis, and conceptual modeling of information systems. I organize and chair the series of International Workshops on Modeling and Reasoning for Business Intelligence (MORE-BI), held in Brussels in 2011 and Florence in 2012. I serve on scientific committees of the IEEE International Requirements Engineering Conference (RE), the International Conference on Advanced Information Systems Engineering (CAiSE), and the International Conference on Conceptual Modeling (ER). In parallel, I am / have been involved with several startups at CxO level and have held lead roles in Product Design for web and digital services that today serve more than 500.000 people every day.